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Le Québec change
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Le Québec changeL’immigration participe au renouvellement de la population active ainsi qu’au développement social, économique et culturel du Québec et, ce faisant, elle contribue à faire du Québec un État moderne, ouvert sur le monde et fier de sa diversité. L’immigration s’est également transformée au cours des dernières décennies. Depuis la fin des années 1980, on ressent les effets de la conjoncture internationale. D’une part, le Québec accueille un plus grand nombre d’immigrants. D’autre part, les personnes admises récemment proviennent d’Europe, des pays arabophones du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, des pays d’Asie méridionale et orientale ainsi que des pays des Antilles et d’Amérique centrale. En somme, depuis 20 ans, l’immigration s’est considérablement diversifiée, tant sur le plan social que religieux. Ces récentes transformations dans la composition ethnoculturelle de l’immigration se sont traduites par une diversification croissante de la population du Québec, particulièrement dans la région de Montréal. L’île de Montréal accueille la vaste majorité de la population immigrée et des minorités visibles du Québec. En effet, près de 66 % de la population immigrée et près de 70 % des personnes appartenant à des minorités visibles du Québec résident sur l’île de Montréal (Statistique Canada, Recensement de 2006). Avec Laval, Montréal compte des parts de la population immigrée et des minorités visibles supérieures à son poids démographique dans l’ensemble de la population québécoise. De plus, Montréal dénombre plus d’une centaine de communautés culturelles différentes sur son territoire. La concentration de l’immigration et, de facto, des communautés culturelles à Montréal n’est pas sans conséquences sur les relations interculturelles au Québec. Si les contacts interculturels ne surviennent pas exclusivement dans l’île de Montréal, force est d’admettre qu’ils y sont plus fréquents qu’ailleurs. Au fil du temps, les Montréalaises et Montréalais ont su développer une sorte de « cohabitation tranquille », comme l’a si bien caractérisé Annick Germain1, entre les membres des différentes communautés culturelles et la population dans son ensemble. L’étude de Germain sur la dynamique des rapports interculturels (ou « interethniques ») dans les quartiers de la région de Montréal montre que la cohabitation des communautés culturelles se vit sur le mode de l'urbanité, avec une sociabilité publique animée et marquée par une grande civilité et une distance respectueuse. Les situations d'échange et de rapprochement sont l'exception plutôt que la règle, mais l'apprivoisement des différences est un acquis dans les espaces publics montréalais. La même chose ne peut pas être dite des autres régions. À part Laval et peut-être la Rive-Sud de Montréal, la situation vécue en région diffère largement sur le plan des relations interculturelles. Il s’est établi au fil du temps un « hiatus », une disparité, entre Montréal et le reste du Québec dans les domaines du pluralisme culturel et des rapports identitaires2. Ce hiatus s’explique en grande partie par le faible poids démographique que représentent les communautés culturelles au sein des populations des régions et par le peu de moyens structurants qui peuvent faciliter l’attraction et l’établissement durable des personnes immigrées en région. Cette situation devrait toutefois se modifier au fur à mesure que s’intensifient les efforts de régionalisation de l’immigration. En effet, l’immigration devient un enjeu majeur de développement des régions. Les acteurs régionaux et locaux sont de plus en plus conscients de l’apport potentiel de l’immigration pour le dynamisme des régions, notamment celles en déclin démographique ou celles aux prises avec des pénuries de main-d’œuvre. Des actions sont entreprises pour sensibiliser les employeurs et la population en général des régions à l’apport de la diversité au développement du Québec et pour susciter le dialogue interculturel. Depuis une quinzaine d’années, la population québécoise se montre plus ouverte à l’immigration et aux relations interculturelles. Les résultats de sondages d’opinion publique québécois3 réalisés depuis 1992 font état de tendances favorables aux attitudes et comportements des Québécoises et Québécois, que ce soit en termes de contacts interculturels ou encore de perceptions quant à l’intégration des immigrants à la société québécoise. En ce qui concerne les jeunes particulièrement, les enquêtes montrent que les élèves qui ont vécu la pluriethnicité dans le quotidien sont d’avis que l’école pluriethnique joue un rôle positif quant à la compréhension et à la bonne entente entre les jeunes4. Ce constat appuie les résultats obtenus dans le cadre d’une étude qualitative5 auprès d’adolescents du secondaire que « c’est l’école qui, par sa haute diversité et les réseaux sociaux étendus qu’elle offre, incarne aux yeux des jeunes, l’espace pluraliste dans ce qu’il a de plus prometteur. Non pas qu’elle soit exempte de tensions. Mais les jeunes réussissent à mettre en place, dans son cadre, un ensemble de principes opérationnels leur permettant de maximiser leurs échanges avec les autres, malgré la distance qui les sépare ». Ce cas de figure permet de cerner ce qui est susceptible de favoriser le rapprochement chez les jeunes : la primauté accordée aux caractéristiques individuelles sur celles du groupe, la relativisation des cultures, la reconnaissance de la nécessité des accommodements et de la réciprocité dans l’échange. En somme, les perceptions et les attitudes ont évolué au Québec au regard des relations interculturelles et l’appui à des mesures de sensibilisation au rapprochement est de plus en plus grand.
1 A. Germain et collaboratrices (1995), Cohabitation interethnique et vie de quartier, ministère des Affaires internationales, de l’Immigration et des Communautés culturelles, collection Études et recherches no 12, 325 p. 2 M. McAndrew (2003), « Immigration, pluralisme et éducation », dans Alain-G. Gagnon (sous la direction de), Québec : état et société, T. 2, Montréal, Québec Amérique, 345-368. 3 Des sondages ont été réalisés par la firme JTD pour le compte du ministère en 1992 et en 1996. Ils portaient sur les relations raciales et interculturelles. Un autre sondage réalisé en 2000 par la firme Ekos mesurait l’opinion québécoise en comparaison avec l’opinion canadienne. 4 M. Jodoin, M. McAndrew et M. Pagé (1997), Le vécu scolaire et social des élèves scolarisés dans les écoles secondaires de langue française de Montréal: une analyse comparative, Rapport de recherche, ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration. 5 A. Laperrière et collaboratrices (1993), La construction sociale des relations ethniques et de l’identité culturelle chez les adolescents de quartiers multiethniques, Institut québécois de recherche sur la culture, Québec. |
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